Marie-Odile est une fermière de l'Orne. Elle, son mari et leur cinq enfants s'y sont installés dans les années quatre-vingt avec pour ambition de poursuivre un chemin de vie qu'ils ont toujours revendiqué : celui de l'agriculture biologique qui respecte les équilibres naturels. Une amie a très justement dit d'eux qu'ils appartenaient à la famille des "petits diseux, grands faiseux" : on parle peu, et on fait le choix d'agir concrètement, dans le quotidien, au long des semaines, des mois, des ans pour défendre sa conception d'un autre monde...
La première fois que je l'ai rencontrée, je devais avoir huit ou neuf ans ; sur le marché, place Billard, maman lui achetait chaque samedi du lait, quelques yaourts, de la crème fraiche, du beurre et parfois du fromage et du pain. Les victuailles que l'on trouve chez elle ont une toute autre saveur, qui, de prime abord, peut surprendre de part son authenticité. Rien à voir avec les autres produits, même dits "bio" que l'on rencontre dans nos supermarchés...
En arrivant à la maison, maman versait le lait frais dans des bouteilles en verre et le dimanche matin, alors que tout le monde dormait encore je les écrémais à la petite cuiller.
Aujourd'hui, Marie-Odile continue de nous proposer ses merveilleux produits sur le marché et nous, nous continuons à remplir nos paniers.
C'est une femme exceptionnelle, d'une infinie gentillesse et visiter sa ferme il y a deux ans fût un doux moment : un véritable lieu de vie, où l'on travaille, élève les enfants, reçoit les clients, les amis...un lieu où la vie est simple, évidente, où l'on est heureux avec ce que l'on a sous les yeux. Pour le goûter, elle avait arrêté ses travaux à la laiterie pour nous préparer des tartines  de pain intégral (qu'elle fabrique avec ses propres céréales), de beurre frais et de confiture maison...accompagnées de jus de pommes, maison, évidemment.
On est reparti avec les produits que nous aimions tant mais aussi avec une belle leçon de savoir vivre, voire revivre,  de travailler en famille et d'accueillir de la façon la plus simple et la plus discrète ceux qui arrivent par ce petit chemin bordé de pommiers.