Voilà encore un mystère...celui du temps qui change notre perception des choses et de la vie.
Au collège, on m'avait un peu obligée à faire du latin ; je trouvais ça difficile, fastidieux et avais la vague impression de ne rien apprendre de très constructif...finalement, après quelques temps, quand on nous a jeté dans les eaux méditerranéennes de la mythologie et que l'heure des versions et des thèmes avait sonné, je m'en suis donnée à coeur joie. Cette discipline rébarbative était devenue un vrai plaisir, et ce malgré les cours soporifiques de l'épouse de Monsieur le Député-Maire de l'époque.
Parmi les nombreuses versions croisées, celle d'Icare est sans nul doute celle qui a retenu ma plus grande attention.
Qui n'a jamais rêvé d'avoir des ailes ? Qui n'a jamais rêvé de s'envoler et de planer au-dessus des décors pour avoir une autre vue du monde ? Qui n'a jamais rêvé de se sentir porté par cette force invisible, comme enveloppé par l'inconnu ?
Qui renoncerait à l'ivresse et à l'excitation du vertige ?
Pas moi...
La légende d'Icare a été une véritable révélation, tant par l'idée de base, celle de se fabriquer des ailes pour prendre la fuite, que par son enseignement : comment maîtriser ce désir d'aller toujours plus haut, au risque de devoir se retrouver confronter à notre simple condition d'être humain ?
On ne m'a pas appris à rester "raisonnable"...ou bien, c'était il y a longtemps, ou bien je n'ai jamais voulu l'entendre.
Paradoxalement, je m'efforce d'apprendre à ma douce progéniture à l'être car quand on se rapproche trop près du soleil et que la cire se met à fondre de manière irréversible,  l'atterrissage est souvent douloureux.
J'espère que mademoiselle Capucine le comprendra un jour, même si ses plumes sont du plus bel effet.

Quant à moi, j'ai encore égaré mes ailes...

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