...

Je décidai enfin de me rendre en mission.
Un couloir, puis un escalier, puis un autre couloir...Je me dirigeais sans savoir où j'allais.
Tourner à gauche, puis encore à gauche...c'est un labyrinthe familier où j'avoue aimer me perdre.
En fait, je sais exactement où je suis et où je vais. Le rythme de mes pas est calé sur celui de la Mélodie hongroise de Schubert sortant de mes écouteurs et j'exulte. C'est déjà la fin du morceaux, soit trois minutes et quarante et une secondes pour la version de Vladimir Ashkenazy, et j'ai soudain la sensation que mon coeur bat à rompre veines et artères. Une force indéfinissable me pousse malgré tout à poursuivre mon chemin, presque les yeux fermés.
En apercevant au loin la cible que je me suis fixée, je comprends que je ne ferai plus demi-tour. Le meilleur moyen de ne pas défaillir dans ces moments est sans nul doute de retenir son souffle et de penser à une ânerie desprogienne ; ce que je m'empressai de faire.
Une fois l'objectif atteint, objet-prétexte au contenu mystérieusement précieux, une fois l'impression de glace dissipée, tout autour semble normal, presque banal et il ne se passe rien. Nada.
Je reprends le chemin en sens inverse, avec l'amère sensation d'avoir oublier quelque chose, une phrase.
L'appréhension s'est mue en une sorte de colère intérieure. J'aurai beau ouvrir la bouche ; aucun son n'en sortira.
Et dehors, enfin, le froid me réveille.
...

Sur ce, je vais enfin pouvoir écouter Continuo.